Quelque chose se rompt dans ma poitrine, avec un petit clac insolite, comme un clapet qui s'ouvre et se referme brièvement. Puis, j'assiste, impuissante, au léger tremblement qui secoue mon torse et, comme un fait exprès, il me semble que le même embryon de tressautement agite les épaules de mon vis-à-vis.
Nous nous regardons, hésitants.
Puis, un genre de ouh ouh ouh tout doux et tout faible sort de la bouche de M. Ozu.
Je réalise que le même ouh ouh ouh feutré mais irrépressible monte dans ma propre gorge.
Nous faisons ouh ouh ouh tous les deux, doucement, en nous regardant avec incrédulité.
Puis le ouh ouh ouh de M. Ozu s'intensifie. Mon ouh ouh ouh à moi vire au signal d'alarme.
Nous nous regardons toujours, en expulsant de nos poumons des ouh ouh ouh de plus en plus déchaînés. A chaque fois qu'ils s'apaisent, nous nous regardons et nous repartons pour une fournée. J'ai le ventre tétanisé, M. Ozu pleure abondamment.
Combien de temps restons-nous là, à rire convulsivement devant la porte des W.-C. ? Je ne sais pas. Mais la durée en est suffisamment longue pour terrasser toutes nos forces.L'élégance du hérisson, Muriel Barbery