Et c'est alors que la petite fille innocente et pleine de joie retomba dans la dure réalité de son ancienne vie.
Cette vie ensoleillée et brûlante où la couleur de peau est d'une importance capitale, quoi que l'on en dise. Étrangère elle n'est pas et n'a jamais été la bienvenue. Et si d'aucuns l'apprécient, cela n'est pas unanime. Les manifestations lui font peur. Les regards autour d'elles, cette différence omniprésente et étouffante lui serrent le coeur.
Et ceux qui lui ressemblent, comme ils peuvent la déprimer. Ils ne se reconnaissent pas entre eux. De peur d'accepter cette vérité de ressemblance qui rapproche, de peur de passer pour ce qu'ils ne sont pas ou ne semblent pas être. De volonté de faire croire qu'ils sont meilleurs, comme si le statut social, politique, le métier ou le nombre d'années vécues ici avaient un quelconque pouvoir de les rendre plus intéressants ou plus inaccessibles, plus forts ou plus admirables. Et ceux qui acceptent de se reconnaitre en font toujours trop, s'enfermant dans un cercle de gens et d'activités qui se veulent clichées, et se donnant des airs bien trop pédants pour témoigner d'un intérêt d'être connu et de partager une relation qui apporterait des conversations moins futiles, moins superficielles.
Comme elle les hait d'être ainsi. Comme elle leur en veut de faire de sa vie ce plateau de cinéma où se tourne un mauvais film, avec de mauvais acteurs. Comme elle s'en veut de ne pas réagir plus, de baisser les yeux et d'acquiescer timidement. Point de reniement de ses idées, une simple peur, une simple honte, et une grande fatigue.